Le crowdlending, un levier financier de la construction durable

Ces derniers temps, les appels aux citoyens pour financer des projets se développent fortement. Des concepts comme le crowdfunding (collecte de fond participative) ou encore le crowdlending (prêt participatif) ont fait leur apparition. Dans le secteur du bâtiment, le crowdlending permet notamment à des petits et moyens promoteurs de porter leurs projets, tout en redonnant aux citoyens la maîtrise des outils financiers. Selon Joël Duysan, CEO de la plateforme belge de crowdlending BeeBonds, ce levier financier est l’avenir de l’investissement dans la construction durable.

 

Qu’est-ce que le crowdlending ? En quoi est-ce un mode de financement alternatif ?

 

Joël Duysan : Le crowdlending consiste à financer un projet à travers des prêts participatifs, émis pour les citoyens. On entend beaucoup parler de la nécessité de mettre en place des circuit-courts autour de l’agriculture ou encore du secteur textile. Je pense qu’il est également essentiel de développer le circuit-court de la finance. Cela permet de relocaliser l’activité financière, de revenir à la source du capitalisme. C’est un modèle gagnant à la fois pour le citoyen et pour le porteur de projet.

 

Le citoyen peut activer concrètement les outils financiers pour soutenir des projets qui lui tiennent à cœur et des entreprises locales. Il peut utiliser son épargne au lieu de la laisser dans un compte en banque, qui rapporte peu. Même les petits investisseurs peuvent participer : il n’est pas nécessaire d’avoir de très gros fonds à investir pour faire du crowdlending. Cela rend l’investissement accessible à un plus grand nombre. De plus, les investisseurs potentiels n’ont pas besoin de passer par le marché secondaire des actions. Ils placent leurs fonds directement dans le projet qui les intéresse. Les démarches sont moins complexes, il y a moins d’intermédiaires. L’argent va directement dans le projet, et non pas dans la poche de la personne qui vend une action en bourse.

 

Les porteurs de projets, eux, peuvent pallier leur manque de fonds propres via le crowdlending. Chez BeeBonds, par exemple, nous traitons surtout des projets immobiliers. En Belgique, ces projets sont souvent financés à 70 % par des prêts bancaires. Le promoteur doit donc fournir 30 % de fonds propres. S’il n’a pas suffisamment de fonds propres, il a tout à gagner à faire appel au crowdlending. Cela concerne surtout les petites et moyennes entreprises. Cet apport de capital leur permet ainsi d’assurer leur croissance.

 

Quel avantage de passer par une plateforme comme BeeBonds pour financer les projets immobiliers ?

 

 

Joël Duysan : Pour les citoyens, l’avantage principal de BeeBonds est que nous sécurisons au maximum les investissements. Notre plateforme est agréée par l’Autorité des Services et Marchés Financiers depuis avril 2019, ce qui garantit notre fiabilité et notre sérieux. Nous avons choisi de fonctionner uniquement par prêts avec intérêts. Cela évite les incertitudes liées à l’évolution d’une action par exemple. De plus, nous fixons des taux d’intérêts stables, autour de 8 %. Ainsi, le citoyen qui prête son argent est assuré dès le début de ses retours sur investissement. Sachant que l’investissement minimum institué sur la plateforme est de 1 000 euros. Le mot d’ordre sur la plateforme est la transparence. Toutes les informations sur le projet et le suivi de son financement sont mises à disposition du public.

 

Les porteurs de projet, eux, grâce à notre plateforme, peuvent financer jusqu’à 75 % de leurs besoins en fonds propres. Nous souhaitons que les promoteurs investissent eux-mêmes les 25 % restants, cela leur permet de s’impliquer dans leur projet. BeeBonds gère pour eux la communication, la recherche des investisseurs, et le versement des intérêts. Les promoteurs gagnent ainsi du temps, afin de se concentrer pleinement au projet en lui-même.

 

Comment s’assurer du sérieux des projets à financer présents sur la plateforme ?

 

Joël Duysan : Nous sommes des professionnels du milieu de la finance, nous connaissons très bien ce domaine. C’est important pour nous de proposer des projets sérieux à financer, afin de créer une relation de confiance avec les citoyens. La sélection s’effectue à deux niveaux.

 

D’abord, nous choisissons des projets qui correspondent à l’esprit BeeBonds, c’est-à-dire avec des valeurs environnementales et sociales fortes. Cela ne nous intéresse pas de faire un appel au financement pour des projets type construction de 300 maisons à l’identique, avec jardin individuel. Ce tri là se fait assez naturellement : les promoteurs qui viennent nous voir choisissent BeeBonds justement pour notre sensibilité. Nous refusons donc très rarement sur ce critère.

 

Le deuxième niveau, c’est la vérification de viabilité financière. Nous nous assurons que les projets proposés sur la plateforme soient viables. Pour cela, nous faisons appel au cabinet Deloitte, spécialisé dans l’analyse financière et comptable. Une fois qu’un projet est sélectionné et affiché sur la plateforme, la transparence permet d’exercer une forme de contrôle sur les  promoteurs. Ces derniers n’ont aucun intérêt à faire mauvais usage des fonds prêtés par les citoyens, ça se saurait tout de suite.

 

Pouvez-vous donner un exemple de projet immobilier qui a été financé via votre plateforme ?

 

Joël Duysan : Nous aidons surtout des petits et moyens promoteurs à se financer. Chez BeeBonds, nous aimons particulièrement les projets liés à la conservation du patrimoine, comme le reconditionnement de fermes classées en logement, ou encore la rénovation de bureaux haussmanniens en appartements. Si je devais mentionner un projet phare en particulier, se serait la rénovation du 13 avenue de Tervueren, à Bruxelles, par le promoteur Inside Development. Il s’agit du reconditionnement d’un immeuble haussmannien sur une des avenues les plus importantes de la capitale belge. Nous avons réussi à lever 1,6 millions d’euros en à peine 15 min, un record. Les retours sur investissement ont été très importants pour les citoyens qui ont participé.

 

En ce moment, nous proposons au financement un projet situé au Nord-Est de la Belgique. Il concerne un ancien entrepôt, à l’abandon, hérité de l’industrie de la laine, dans la ville de Verviers. La collectivité a lancé un appel d’offre pour le transformer en logements. Ce dernier a été remporté par une entreprise de Liège, Invest & Corporate SA, spécialisée dans les éco-résidences, qui a proposé de faire une rénovation sur base de bois lamellé, collé et croisé. Le bâtiment rénové présentera ainsi de très bonnes performances thermiques, énergétiques et environnementales, qui permettront notamment de réaliser des économies importantes sur la facture énergétique. Nous sommes très fiers de pouvoir proposer ce projet au financement sur notre plateforme.

 

Quel avenir pour le crowdlending selon vous ?

 

Joël Duysan : Aujourd’hui, le crowdlending est complémentaire aux prêts bancaires. Il sert à obtenir les 30 % de fonds propres que les banques ne fournissent pas. Mais je pense que cela va changer à l’avenir. Le crowdlending va monter en puissance, parce qu’il permet aux citoyens d’être maîtres de leurs finances. Pour l’instant, le crowdlending n’est pas un levier financier encore très connu des porteurs de projets. Ils doivent prendre conscience que cet outil de financement est là, qu’il existe des plateformes comme BeeBonds, qui sont agréées et sérieuses. Il est donc nécessaire de mener un travail de communication important. Le financement participatif, c’est réellement un gros levier pour le bâtiment durable. Il ne faudrait pas s’en priver.

 

 

 

BeeBonds a été fondé en 2016. Son nom fait référence à l’engagement écologique de la plateforme : pour chaque projet financé, une ruche est offerte à un apiculteur local. Il s’agit pour BeeBonds de participer à la lutte contre la disparition des pollinisateurs.

Interview réalisée  par Manon Salé – Construction 21