Une enveloppe performante pour un bâti sain et économe

Alors que la Réglementation Thermique 2020 (dites RE 2020) remplacera bientôt la RT 2012, les membres du Groupe de Travail du Pôle Fibres Energivie sur la Qualité de l’Enveloppe (GTQE) sont intervenus lors du dernier colloque Build & Connect pour présenter le livre blanc qu’ils publient. Intitulé « Réussir la transition énergétique : une enveloppe performante pour un bâtiment sain et économe », cet outil de synthèse donne des clés pour tirer profit des matériaux et outils présents sur le marché. Il tire également la sonnette d’alarme sur les défaillances de la réglementation thermique. Retour sur la conférence de Build & Connect.

 

Un groupe d’experts alerte sur la qualité de l’enveloppe des bâtiments

Le GTQE réunit neuf membres : des représentants des bureaux d’études, des industriels, des assureurs, des organismes professionnels et des syndicats. Pendant 18 mois, ils ont planché sur la problématique de l’isolation thermique pour éditer ce qui se veut un document de travail minutieux de synthèse et de prospective. Ce Livre blanc rappelle l’importance que revêt une isolation optimale de l’enveloppe et ses impacts positifs sur les plans économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux.

« À l’heure où la Réglementation Thermique 2020 prend forme, nous voulons apporter notre contribution au débat public, justifie Raphael Kieffer de SCHÖCK France. Si des choses ont déjà été faites au niveau de l’enveloppe, bien des progrès sont encore réalisables ».

47% des Français se plaignent d’avoir froid chez eux[1]

Aujourd’hui, la France compte 7 millions de logements mal isolés[2] et 3,8 millions sont de véritables « passoires thermiques occupées par des ménages en situation de précarité énergétique. Pour le GTQE, améliorer la qualité de l’enveloppe est l’élément essentiel du bâtiment à prendre en compte pour atteindre une réduction de consommation d’énergie finale. « Une performance optimale de l’enveloppe signifie des économies sur la facture énergétique, mais aussi un accroissement du pouvoir d’achat de l’occupant et de la capacité d’investissement du propriétaire. À plus long terme, ce sont les générations futures qui feront l’économie des coûts de rénovations importants ».

De multiples ponts thermiques sur des bâtiments RT 2012

Malgré l’application de la RT 2012, les retours d’expériences terrain et les données concrètes du GTQE démontrent que les exigences n’ont pas été systématiquement respectées dans la pratique. Le groupe de travail relève notamment d’importants défauts d’isolation, tant dans le neuf qu’en rénovation. Une enveloppe pas toujours isolée de manière homogène et des bâtiments présentant de multiples ponts thermiques ponctuels et linéiques. « Un pont thermique supprimé peut multiplier par trois les performances thermiques », explique Daniel Costa de SCHÖCK France, sans compter les nombreux d’impacts positifs jouant sur la santé ».

Une amélioration de la qualité de l’air afin de préserver la santé des occupants

Claire-Sophie Coeudevez du cabinet Medieco le rappelle : « D’après plusieurs études, on estime à 37% le nombre de logements contaminés par des moisissures », et de 37% à 47% la quantité de logements contenant des spores en suspension dans l’air. Pas toujours visibles, les moisissures ont des impacts sanitaires multiples. « La qualité de l’air intérieur dans les bâtiments reste à l’heure actuelle encore trop peu prise en compte alors qu’il est urgent d’agir. Les pathologies qui en résultent sont à l’origine de 19 milliards d’euros de dépenses par an en France », souligne-t-elle.

 

Trois axes majeurs de travail envisagés

Dans son Livre blanc, le GTQE préconise trois axes pour garantir la réalisation d’une enveloppe performante.

1.      Modifier les coefficients de mesure de performance de l’enveloppe

Parmi les propositions du Livre blanc en vue de la future RE 2020 : l’abaissement du coefficient de transmission thermique linéique Ψ9 à une valeur maximale moyenne à 0,5 W/ml.K (contre 0,6 dans la RT 2012). Selon David CORGIER de la société d’ingénierie et de conseil Manaslu, il faudrait également réintroduire un coefficient de type Ubat présent dans la RT 2005. Celui-ci donne en effet un seuil maximum de conductivité par type de paroi. « Aujourd’hui, on retrouve encore des calculs réglementaires qui ne prennent pas en compte ces problèmes de ponts thermiques alors qu’ils ont un impact important. Le coefficient Ubat servirait donc de garde-fou pour garantir une isolation homogène sur tout le bâtiment ».

Deuxième piste proposée par le GTQE : le développement du commissionnement. C’est-à-dire, instaurer un processus de contrôle qualité structuré à toutes les étapes des projets de construction et de rénovation, dès la phase de programmation jusqu’après sa livraison. Ce processus permet de garantir l’atteinte des performances énergétiques visées par le maître d’ouvrage. Le commissionnement qui a fait ses preuves en Allemagne constitue un gage de qualité.

Troisième point : piloter la qualité grâce au numérique. La maquette numérique (ou BIM) permet d’intégrer toutes les caractéristiques des composants du bâtiment et d’assurer une traçabilité totale de toutes les décisions et actions réalisées tout au long d’un projet à l’exploitation. « Le BIM est un formidable outil de pilotage de la qualité selon le GTQE. Il a un rôle fondamental à jouer dans la performance de l’enveloppe du bâtiment ».

Infos pratiques

Le Livre blanc « Réussir la transition énergétique – Une enveloppe performante pour un bâtiment sain et économe » est à télécharger ici : http://www.fibres-energivie.eu/fr/actu/livre-blanc-sur-qualite-de-lenveloppe-le-pole-dresse-une-synthese-et-propose-des-solutions.

 

Membres du Groupe de Travail sur la Qualité de l’Enveloppe (GTQE) :

Raphael KIEFFER (SCHÖCK France)

André POUGET (Pouget Consultant)

Claire Sophie COEUDEVEZ (Medieco)

David CORGIER (Manaslu INC)

Philippe BOUSSEMART (STO France)

Daniel COSTA (SCHÖCK France)

Pôle Alearisque, Étanco, Pôle Fibres-Énergivie

[1] Source : https://www.qualite-logement.org/nos-activites/barometre.html

[2] Source : Ministère de la Transition écologique et solidaire, Ministère de la Cohésion des territoires.