Agissons maintenant pour une nouvelle ère – Interview de Thierry Bièvre

Les 25 et 26 novembre prochain, Strasbourg accueillera la 4e édition de Build & Connect. Cet événement propose un positionnement original avec des retours d’expérience et des partages de pratiques pionnières dans une ambiance transfrontalière. Thierry Bièvre, Président de Elithis et du Pôle de compétitivité Fibres-Energivie, co-organisateur de l’événement avec l’Université de Strasbourg, nous en dit plus.

Alors que la région Grand Est est une des plus touchées par le Coronavirus, organiser un événement en lien avec le bâtiment durable prend-il une dimension particulière ?

Sans aucun doute, on sait aujourd’hui que le changement climatique apporte des conséquences inattendues. Les médecins constatent par exemple que la grippe ou la gastro-entérite sont virulentes plus longtemps du fait des hiver doux. L’après Coronavirus doit donc être une période de remise en question et d’initiatives pour que les choses bougent.
La mobilité, qui représente la grande majorité des rejets du secteur des transports, et la construction représentent à elles deux plus de 30% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale et internationale. Notre secteur et ceux qui y sont liés pèsent autant sur le réchauffement climatique que les biens manufacturés à des dizaines de milliers de kilomètres. Il faut donc agir et l’aspect régional de nos activités est un avantage indéniable : nous pouvons changer rapidement les choses, sans nous heurter aux traités internationaux de libre-échange. Le futur est entre nos mains, il est donc nécessaire d’échanger, de découvrir des solutions et de nous former.

Build & Connect connait une forte croissance ces dernières années. Il est donc possible de faire un colloque d’envergure nationale ailleurs qu’à Paris !

Strasbourg a pour vocation à organiser des événements nationaux et internationaux. C’est probablement la plus européenne des villes françaises ! Par ailleurs, le seul Pôle de compétitivité dédié au bâtiment s’y trouve avec un tissu d’acteurs très riche. On y trouve une grande diversité de pionniers depuis les ETI familiales, jusqu’aux sièges sociaux France d’entreprises allemandes, suisses, autrichiennes, etc. Nous pouvons donc non seulement rayonner à l’échelle nationale, mais aussi européenne.
Cette dimension transfrontalière se manifeste par notre capacité à mobiliser un réseau de clusters partenaires internationaux qui eux-mêmes mobilisent leurs entreprises et leurs universités.
A l’heure où il est plus que jamais nécessaire d’échanger pour accélérer la transition écologique du secteur du bâtiment, Strasbourg offre beaucoup d’atouts afin de décloisonner le secteur et aller au-delà des filières nationales.

Build & Connect bénéficie de la richesse des retours d’expériences de notre région et de son positionnement au carrefour de l’Ouest de l’Europe pour favoriser et enrichir les échanges. C’est la raison pour laquelle notre public est à la fois régional, national et international.

Strasbourg, apparait comme une ville innovante en termes d’aménagement et de nouveaux projets immobiliers. Partagez-vous cette vision ?

Strasbourg jouit d’une image exceptionnelle à l’échelle française et s’est donnée des objectifs ambitieux sur son plan climat. La ville Réfléchit notamment à faire évoluer son PLU sur des critères environnementaux en menant une réflexion autour des réseaux de chaleur « verts » (biomasse, géothermie) et de la production d’énergie renouvelable dans les bâtiments.
Ces ambitions s’accompagnent de mesures concrètes. Des clauses environnementales vont être insérées dans les marchés publics de la ville et un volet pédagogique aidera à y répondre. Relais 2D, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a en effet été créée afin de guider les maîtres d’ouvrage des chantiers dans la rédaction et le suivi de ces clauses.
Tout cela s’inscrit dans une dynamique déjà en marche, je pense notamment à l’engagement de l’Eurométropole dans la démarche et le réseau EcoCité. Au-delà des réalisations emblématiques (Îlot Bois-Bio sourcé – Port du Rhin, Tour de logements à énergie positive – Elithis Danube, Îlot à gestion énergétique intelligente – Danube, pieux géothermiques sur le bâtiment SIRIUS à la ZAC Etoile) co-financées grâce au fond du programme investissement d’avenir (PIA). Tout cela permet le partage de bonnes pratiques ou d’expériences et ainsi une montée en compétence des services de l’Eurométropole sur la prise en compte de la performance environnementale.
Autant d’initiatives qui permettent d’enrichir les débats sur Build & Connect, d’autant que la région Grand Est est aussi riche en projets.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la dynamique des projets dans la région Grand Est ?

L’une des particularités de notre territoire est d’associer à un grand nombre de projets innovants, une diversité importante de problématiques, laquelle découle du tissu urbain et social de la région. Je pense notamment à l’EPA Alzette Belval qui a pour mission d’aménager un périmètre péri-urbain, transfrontalier et post industriel. En tant qu’Opération d’Intérêt national (OIN) l’établissement a les compétences et les budgets pour s’engager dans des stratégies globales d’innovation, une ambition qui est souvent réservée à des métropoles. Il en résulte des projets de réhabilitations, des écoquartiers ou des réflexions sur la mobilité et le développement économique construits à l’échelle d’un territoire.
Il est également important de citer la réussite de Nancy et Epinal lauréats de l’Appel à Manifestation d’intérêt « Territoires d’Innovation de Grande Ambition » avec le projet « des hommes et des arbres » visant à promouvoir le développement massif du bois notamment dans la construction. Tout comme Troyes, qui est en pointe sur le smart grids et l’exploitation du biogaz, ces deux villes ont initié une réflexion autour des gisements locaux d’énergie et de matériaux.
Il existe aussi des initiatives plus classiques comme à Mulhouse qui est très active sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Vous évoquiez le volet international en début d’interview. On dit souvent que l’Allemagne, le Luxembourg ou la Belgique ont une longueur d’avance sur le durable, est-ce justifié selon vous ?

Tout comme la France est actuellement en train de mettre en place une réglementation sur l’empreinte carbone des bâtiments, chaque pays à ses propres caractéristiques. Le Luxembourg et la Belgique ont ainsi répondu différemment à l’étroitesse de leur territoire et des ressources naturelles limitées. Le premier a parié sur le BIM pour optimiser les projets, alors que la Belgique a beaucoup investi dans l’économie circulaire. Le réemploi, la réutilisation ou le recyclage y sont importants, tout comme l’écoconception. Par ailleurs, comme au Pays-Bas, des initiatives règlementaires favorisent l’utilisation de certaines ressources considérées ailleurs comme des déchets. Je pense notamment à l’herbe issue du fauchage, qui est valorisée pour faire du biogaz ou de l’isolation.
Cette problématique des ressources est également importante en Suisse ou en Allemagne, où 79% des déchets sont revalorisés. Logiquement, avec leur volonté de sortir du nucléaire, ces deux pays ont également pris une longueur d’avance sur l’aspect énergétique. En Allemagne, 40% de l’électricité produite et 14% de la production de chaleur sont issues du renouvelable, alors que l’hydrogène devrait faire une apparition remarquée à très court terme dans le mix énergétique.